Les natures du périurbain. Quelle habitabilité par la nature dans le périurbain chartrain?
Soutenance de la thèse de géographie de Nelly Régnier devant un jury composé de:
Le jury sera composé de :
Madame Sophie Bonin, Professeure, École nationale supérieure du paysage, Laboratoire de recherche en projet de paysage, rapportrice
Madame Annabelle Morel Brochet , MCF-HDR, Université d’Angers, Laboratoire ESO, UMR 6590, rapportrice,
Monsieur Frédéric Richard, Professeur, Université de Limoges, Laboratoire GEOLAB, UMR 6042, examinateur
Monsieur Éric Charmes, Professeur, ENTPE, Laboratoire RIVES, UMR 5600, examinateur
Madame Lise Bourdeau Lepage , Professeure, Université Lyon 3, Laboratoire EVS, UMR 5600, examinatrice
Madame Monique Poulot, Professeure émérite, Université Paris Nanterre, Laboratoire LAVUE, UMR 7218, directrice
Monsieur Laurent Cailly, Professeur, Université de Tours, Laboratoire CITERES, UMR 7324, co-directeur
Résumé:
Quelles sont les représentations et les pratiques de nature dans les espaces périurbains qui entourent l’agglomération de Chartres (70 000 hab.), au cœur de la Beauce agricole ? Contre toute attente, dans un territoire qui reste un « grenier à blé » productiviste (Charvet, 1985) et incarne une nature ordinaire (Le Caro, 2007), ces pratiques occupent une place croissante et engagent un rapport renouvelé à la nature. Dans un contexte de crise environnementale multiforme, notre hypothèse centrale est que les inquiétudes environnementales recomposent le rapport à l’espace et participent à la transformation des territoires.
Nous interrogeons la nature, et non l’environnement, car, au sein d’une lecture constructiviste (Mondada in Levy et Lussault, 2013), l’usage de ce terme permet de mesurer les évolutions du regard social. Notre questionnement concerne l’espace périurbain qui, s’il reste marqué par un discours négatif, particulièrement pour ses impacts environnementaux (Berque et al, 2016), apparaît aussi comme le « lieu de tous les possibles » (Remy, 2004), composé de « territoires désirables » (Desponds et Fonticelli (dir.), 2021). Le concept d’habitabilité donne accès à la compréhension de la manière dont les territoires se fabriquent par le « faire avec l’espace » et les pratiques des lieux (Fourny, 2016).
Notre recherche repose sur une méthode compréhensive (Kaufmann, 2011), au travers de 54 entretiens semi-directifs, qui donnent accès aux récits de vie et de lieux des habitants. Notre protocole associe analyse textuelle classique et lexicométrique. Il mobilise la photographie et différents types d’observation afin d’accéder au sens de l’espace (Tuan, 1974). Ces techniques sont complétées par 33 entretiens de type informatif et l’étude de la trajectoire du territoire, à plusieurs échelles.
Deux grands axes composent notre travail.
Tout d’abord, les représentations de la nature se sont révélées complexes et en partie recomposées par un imaginaire de déclin (Cronon, 2016) lié aux inquiétudes environnementales. L’étude des perceptions du territoire a montré l’importance de la nature proche et incarnée par des hauts-lieux pour construire l’habitabilité. Cette nature ordinaire et pratiquée est également touchée par les sensibilités environnementales croissantes, qui composent des « lieux communs », que les diverses pratiques investissent. Si l’espace périurbain se caractérise toujours par l’importance de l’« habitabilité récréative » (Corneloup et al., 2014), il devient de plus en plus un lieu du care (Tronto, 2008). Nous avons cherché à montrer que cette évolution est liée à l’impact de la crise environnementale sur les représentations.
Dans cette recomposition, les agencements spatiaux évoluent selon deux modalités : « par le haut », avec une fabrique institutionnelle du territoire qui s’appuie de plus en plus sur les espaces verts et protégés, et « par le bas », en lien avec une attente de modes d’habiter alternatifs tournés vers la proximité et le care, à l’origine de lieux dont nous interrogeons le caractère de « nouveaux refuges ». Ces dynamiques ne vont pas sans mécanismes d’appropriation et de domination. La tension entre « démocratisation des espaces verts » (Des Roches et Bryant, 1997) et capital environnemental (Richard et al., 2017) institue le territoire en espace de transactions nouvelles (Morel Brochet, 2025).
