De la boue au bio : la fabrique du renouveau des millets au Karnataka (Inde)

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De la boue au bio : la fabrique du renouveau des millets au Karnataka (Inde)

La soutenance de la thèse de Julie Jacquet, réalisée sous la direction de Frédéric Landy, se tiendra le mardi 27 janvier 2026 de 14h à 17h – Bâtiment Pierre Grappin, salle B016, devant un jury composé de:
Mme Rajeswari RAINA, professeure des universités, Shiv Nadar University – rapportrice
Mme Hélène Guétat-Bernard, professeure des universités, Université de Toulouse – Jean Jaurès, ENSEFA  – rapportrice 
Mme Kamala MARIUS, professeure des universités, Université de Bordeaux – Montaigne  examinatrice  
Mme Melissa MARSCHKE, professeure agrégée, Université d’Ottawa – examinatrice
M. Michaël BRUCKERT, chargé de recherche, CIRAD –  examinateur 

Résumé:

Cette thèse analyse le renouveau contemporain des millets dans l’État du Karnataka, au sud de l’Inde, en interrogeant les transformations des systèmes agricoles et alimentaires à travers les politiques publiques, les marchés urbains et les mondes ruraux. Longtemps associés aux agricultures pluviales des terres sèches et à la pauvreté paysanne, les millets sont aujourd’hui requalifiés comme aliments « sains », « durables » et emblématiques d’une souveraineté alimentaire nationale.

Inscrite en géographie sociale et en géographie de l’alimentation, la recherche mobilise un cadre théorique à l’intersection de l’écologie politique, des science and technology studies (STS) et des études agri-alimentaires critiques. Elle utilise le concept de cropscapes (Bray, 2018) afin d’articuler les dimensions matérielles, institutionnelles et symboliques du renouveau des millets, et d’analyser les rapports de pouvoir qui structurent la production des discours, la circulation des savoirs et l’accès aux ressources. L’enquête repose sur une méthodologie mixte et multi-située combinant entretiens, questionnaires, observations de terrain et analyse de corpus médiatiques.

La thèse montre que, malgré une rhétorique agroécologique et identitaire, les politiques de renouveau des millets s’inscrivent dans la continuité de trajectoires productivistes et marchandes, sans remise en cause des inégalités structurelles. Elle met en évidence le rôle central des métropoles comme espaces de fabrication d’un environnementalisme bourgeois (Baviskar et Ray, 2011), ainsi que les effets ambivalents de ce renouveau sur les producteur·rices ruraux, souvent intégrés à des filières contraignantes. En articulant urban foodscapes et rural cropscapes, la thèse souligne les ambiguïtés d’un renouveau présenté comme durable et favorable aux agriculteurs, mais largement orienté vers les marchés urbains.