Soutenance : « Ouvrir l’espace ». Méthodologie d’enquête en première personne pour une géographie du vécu depuis le Contact Improvisation
Nombre de praticiennes de la danse Contact Improvisation expriment à la fois l’impossibilité de dire ce qu’elles vivent en dansant sans trahir leur vécu, et pourtant ne cessent d’inviter à les rejoindre pour « ouvrir l’espace ». Qu’est-ce que la géographie peut apprendre de ce rapport vécu singulier à l’espace, et plus encore, au milieu ? Et surtout comment, puisque le langage semble faire obstacle à la connaissance des « savoir-sentir » (Launay, 2001) avec le milieu des praticiennes de la danse ? Répondre à ces questions suppose de s’interroger sur les conditions auxquelles il est possible de rendre quelqu’un, ici une danseuse, capable de se rendre capable de s’informer et de m’informer en première personne de ses savoir-sentir, et plus généralement de son « régime d’activité » (Billeter, 2002, 2004) dans ses dimensions spatiales. Cette problématique méthodologique se fait l’écho de questionnements de plus en plus présents quant à la place du sensible dans l’enquête en géographie, à la fois comme objet et méthode (Guinard, 2016, 2023 ; Landrin, 2021 ; Mekdjian, 2016, 2023 ; Olmedo, 2015, 2020 ; Revol, 2015, 2018 ; Volvey, 2014, 2016, 2018).
Ma thèse propose alors, à partir d’une approche mésologique (Berque, 2014) du sujet considéré dans sa relation sensible et évolutive avec son milieu, de suivre le chemin de la méthode de l’entretien d’explicitation (Vermersch, 2000), d’inspiration phénoménologique, afin de laisser une chance aux mots de nous informer des dimensions médiales du vécu de danse Contact Improvisation. En effet, la méthode de l’explicitation fournit les outils nécessaires et suffisants pour décrire le vécu dans ses dimensions pourtant inconscientes, intimes et insubstituables : elle constitue donc à mon sens un « dispositif génératif » (Stengers, 2020) pertinent en géographie, pour étudier non pas un espace mais un milieu (Berque, 1987, 2014, 2016).
À partir de cette méthode, il s’agira alors de caractériser ce que j’appelle les régimes de médialité propres à la danse Contact Improvisation. En effet, la danse Contact Improvisation semble favoriser de nombreux « changements de régime d’activité » (Billeter, 2002), soient les passages d’une manière à l’autre d’être en son propre corps dans un certain état de conscience. Le corollaire de ces modulations corporelles et attentionnelles réside dans l’émergence de « cosmophanies » (Berque, 1998, 2015, 2016), c’est-à-dire de manières sensibles d’être au monde. J’interrogerai en retour les régimes de médialité à l’oeuvre dans le dispositif de l’entretien d’explicitation. C’est donc une analyse géographique de la méthode de l’entretien d’explicitation qui constituera le dernier chantier de mon enquête.
Mots-clés : géographie du vécu, enquête qualitative en première personne, régime de médialité, entretien d’explicitation, épistémologie des savoirs situés, danse, Contact Improvisation
Direction :
Pauline Guinard (MCF-HDR en géographie, Ecole normale supérieure de Paris, LAVUE-Mosaïques, directrice de l’IFRA-Nigeria)
Membres du jury:
Johanna Bienaise, Professeure en danse, UQAM (Université du Québec à Montréal), GRIAV, Hexagram
Yves-François Le Lay, Professeur, Ecole normale supérieure de Lyon, EVS
Leila Chakroun, Maîtresse de conférences en géographie, Université Paris Cité, LADYSS
Olivier Labussière, Directeur de recherches, CNRS, Pacte
